Paris, ville grève-coeur

Publié le par Banana Strings

Dès ce matin, en mettant le nez dehors, et malgré l'absence de préavis, j'aurais du sentir dans l'air comme une odeur de grève et retourner chez moi aussi sec. Les grilles de ma station étaient fermées, je me rebats sur un bus pour mon rendre à mon déjeuner. Puis je fais le poireau une demi-heure ligne 9 avant de réussir à monter dans un métro pour être à peu près à l'heure à mon rendez-vous de cet après-midi (j'avais prévu une sacrée marge, il faut dire). Oui mais voilà, j'arrive à rentrer chez moi sans trop de problèmes (bien que ma station soit toujours non desservie) et ma méfiance s'envole peu à peu.

PPourtant j'aurais du être davantage sur mes gardes ce soir. Un métro bondé comme j'en ai rarement vu, des gens qui se crient dessus encore plus que de coutume, et ces autres en panique, bloqués à une petite station de métro dont le personnel a fermé les grilles avant l'heure prévue, bref une tension palpable dans les transports en commun qui n'augurait rien de bon. Je finis par arriver (assez en retard d'ailleurs) chez la copine qui m'invite à dîner, dîner qui fut très sympa au demeurant (que mon hôtesse qui lira sans doute ses quelques lignes demain, enfin tout à l'heure, en soit encore remerciée) mais je réalise qu'il va être impossible de rejoindre la soirée à laquelle j'étais conviée comme prévu, vu que la grève a l'air d'empirer. J'en profite pour rester un peu plus longtemps chez ma copine, et il est très exactement 23h47 quand j'appelle Lewis en sortant de chez elle. Il est tout alcoolisé, faisant la fête avec ses copains et répond tout bizarrement au téléphone. Il promet de me rappeler en rentrant (je compte bien sur le fait que marcher le fera dessaoûler).

Je prends la ligne 1 après une petite trotte dans Paris, mes pieds délicats commençant à me faire sacrément mal (je dois avoir une semelle spéciale "qui brûle la plante des pieds"). Champs Elysées Clemenceau, correspondance ligne 13. Plusieurs dizaines de personnes sur le quai. Et cette voix annonce d'un ton neutre "plus de rame entre Saint Denis Université, Asnières et Chatillon". Bordel, il sont en train de nous annoncer qu'une demi heure avant le dernier métro, il n'y a plus de métro. Les gens semblent ne pas comprendre. Je ne m'éternise pas et remonte à la surface. Presque amusant de voir sortir tour à tour tous ces gens qui espéraient encore pouvoir attraper une rame.

Sur 200 mètres, nous faisons chacun et chacune le trottoir à la recherche d'un taxi. Qui ont tous la bonne idée d'être déja occupés. Pendant près de trois quart d'heure, je vais espérer en trouver un de libre avant de me résigner à faire du stop. Or le stop, je n'en ai jamais fait. Je lève le pouce timidement et le baisse dès que le conducteur de la voiture non pas me semble louche, mais quand il ne m'inspire pas une confiance totale. Plusieurs  personnes s'arrêtent sans aller dans ma direction jusqu'à ce qu'une femme accepte de faire un détour pour me déposer place Clichy.

Un peu à bout de nerfs, je craque dans sa voiture et verse trois larmes (oui, je suis très émotive) avant de m'extasier sur son GPS (c'est hyper pratique un GPS n'empêche). Je lui adresse force remerciements quand elle me dépose plus près de chez moi. Il me reste un quart d'heure à parcourir à pieds (un peu plus d'ailleurs sans doute dans l'état ce ces derniers), je zippe mon gilet jusqu'au coup et ajuste un foulard sur ma tête de façon à ressembler à un fakir indien ou un hydrocéphal (rayer la mention inutile). Malgré ces précautions, deux types m'abordent, et je sens le regard insistant de plusieurs autres dans ma direction. Bordel, je suis en jean et pull avec un foulard immonde sur la tête et ça ne décourage pas certains acharnés. La prochaine étape ça sera quoi, la burqa pour moi ?

Après ma trotte, je rentre enfin chez moi saine et sauve et en ayant réussi à éviter la merde écrasée qui décore mon entrée (juste derrière la porte de l'immeuble, là où on met les pieds sans regarder quand on n'est pas prudent). J'ai toujours les pieds en feu, je m'empresse de les laver, de me nettoyer le visage, de me brosser les dents, de me coucher dans mon lit. Il est 1h32 lorsque j'y parviens, jamais je n'aurais mis aussi longtemps pour rentrer du Marais à chez moi, mais au moins j'y suis.

Lewis ne m'a toujours pas rappelée. Je suis fatiguée. Et tout à coup, je me rappelle pourquoi Paris n'est pas si formidable que dans mes souvenirs. Je hais les grèves sans un service minimum, je déteste ce métro fantôme qui n'existe que dans mes rêves les plus fous, j'ai en horreur d'avoir la trouille de me faire agresser en rentrant un peu trop tard le soir, je n'ai qu'une seule envie : dormir, pour faire passer la lassitude et l'amertume. Demain, ça sera bien -et on rase gratis, c'est bien connu-. Demain sera bien.

Publié dans La vie en vrai

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sandy 30/07/2006 16:31

Salut Banana, je suis tombee sur ton blog par hazard (en faisant une recherche sur les filles dans cités qq ch comme ca!) . Je l'ai parcouru (assez vite je l'avoue) et je le trouve vraiment interessant ! T'es vraiment courageuse ! Et franchement ca me donne du courage un peu car moi aussi je suis au Nord Est de Paris, et parfois les mecs dans la rue, dans le métro , je pete un cable ! Sauf que moi j'ose pas... j'ai peur... (je sais c'est de la couardise... mais j'ai vraiment peur qu'on me fasse mal... car je l'ai deja vu personne ne se bouge en cas de pb...) ! EN tout cas vraiment bravo !
Et quand est ce que tous ces pervers vont comprendre... j'ai l'impression qu'il y en a vraiment plus... surtout que je suis originiaire d'un pays de l'est... et la bas les filles sont habillées plutot "sexy" (c'est pas choquant la bas)... et la bas personne les embete... elles sont ptete "abordées" gentiment du style "vous etes charmante"... aaah c'est qq ch qui me rend dingue ! J'ai un petit ami que j'adore mais alors la plupart des autres mecs de ma cité ici je les haie !
bon c'est un peu bric a brac ce que je dis ! j'ai tant de choses sur le coeur !
Allez a bientot sur ton blog ;)

sav 13/06/2006 16:45

une chance que je n'ai pas vu un tel article avant, sinon je ne serais jamais venu m'installer sur Paris ;-)

c'est vrai que c'est pénible ces grèves !

coton tige 13/06/2006 14:23

moi j'adore le métro, et même les grèves.

j'ai même la chance de ne pas être du tout peureuse. je rentre allègrement seule la nuit, et il ne m'est jamais rien arrivé.

pourvu que ça dure.

tphosphore 13/06/2006 01:22

C'est très désagréable une fois, il faut le reconnaitre, mais si tu avais une voiture pour te déplacer dans paname, avec ses rues à sens uniques, ses parking payant et ses couloirs de bus ... Tu serais tout le temps embéter.

C'est regrettable d'avoir cette peur au ventre dès qu'on croire des individus suspects ...
(C'est pas trop tôt, t'as vu combien de jour il m'a fallu pour que je me décide à laisser un ptit com ? ;-))) )

Cookie 12/06/2006 17:44

Hihihi, oui, c'est vrai que c'est la misère les transports parisiens (marcheront, marcheront pas), puis je crois que la population parisienne compte les mecs les plus relous et les plus acharnés de la planète.
Finalement, en te lisant, je me rends compte que ca me manque pas.
:) Cookie, qui est contente que tu re-écrives (vi, suis nouvelle)